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9.3.06

"Je fume au nez des dieux de fines cigarettes" J.Laforgue, poète, fumeur

L'Inspection générale des affaires sociales préconise dans un rapport l'interdiction de fumer dans les lieux publics. La loi Evin serait mal appliquée selon les ronds-de-cuir du comissariat à l'emmerdement maximum. C'est pourquoi elle propose pour des question de "clarté", une interdiction pure et simple du tabac dans les lieux publics. Ce bandit de Xavier Bertrand, qui pratique en matière de santé la politique du chat crevé au fil de l'eau, au lieu de restaurer les libertés et la responsabilité sanitaire, veut laisser son nom à une loi "sociétale", une de plus. Sûr, après les expériences "réussies" du PACS(Bloche-Michel), de l'avortement (Veil, avalisée par Supermenteur) et de la pillule d'infécondité (Neuwirth), il veut son nom dans les notes de bas de page de codex de jurisprudence, et voir aboutir sa croisade contre le tabac. "Avant la fin du mois de mars, selon ses confidences radiphoniques. Mais il se fait rassurant, il ne veut pas interdire totalement l'usage du tabac dans les lieux publics, non... c'est comme pour la Turquie, voyez-vous...

Le bougre veut faire "changer les habitudes dans les lieux publics", voilà une idée qu'elle est bonne. Follow the yellow brick road... en route vers la société (soft)totalitaire, et clean... où les gens crèveront des milles nuisances qu'a inventé la société post-industrielle et technicienne, mais où plus personne ne mourra de ses vices, de sa tabagie... Dans une belle formule, il a relevé "qu'il fut une époque où on fumait dans les cinémas", ce qui est "inimaginable aujourd'hui".
En effet, c'était l'époque "inimaginable aujourd'hui" où tous les loisirs n'étaient pas payants, où on pouvait avec quelques centimes passer de formidables jeudis, allant à vélo de chez le confiseur à la salle obscure, voir le dernier Western, en caressant la main de la cousine qu'on aimerait toute la vie et au-delà... une époque où, assis dans le noir, trois rang devant nous, avec une simple gauloise brune entre les moustaches, le notaire vous animait le saloon... on y était...
les cowboys, les indiens, les calumets dans les tipis enfumés de gitanes...
C'était l'époque où, dans le train, on demandait aux jeunes filles assises en face de vous si le parfum d'une blonde les importunait, et l'on se conformait à leur bon plaisir... C'était le temps où on pouvait fumer partout, mais où on demandait toujours... C'était l'époque où seuls les hommes avaient le bon goût de fumer, c'était l'époque où la première bleue était un rite de passage, un jeu interdit, une bravade... c'était l'époque "inimaginable aujourd'hui" où la vie était rugueuse, mais avait du goût... C'était l'époque des bagares, des idéologies, c'était le temps des ouvriers, des paysans, le temps des normaliens...
C'était le temps où le tabac n'était pas encore devenu synonyme de "cigarette"... l'époque de la pipe, de la chique, des cigares, des "maïs", des nargilés, le temps où l'on prisait, on on roulait... le temps où on fumait dans des "bougnats" qui vendaient le vin au mètre, et le charbon à la demi-douzaine de livre... celle des cigarette "au bout", à la pièce... "époque inimaginable" où les étudiants mégotaient sous les combles en s'abîmant les yeux sur des livres...
Sachez pisses-froid, moralistes de bazar, calvinites de comptoir, que je fumerai, nous fumerons dans nos bistrots, aujourd'hui autour d'une bière, demain un verre d'absinthe... nous nous grouperons avec les débitants de tabac, avec les cafetiers... nous aurons nos troquets, nos estaminets, nos bars borgnes, nos adresses... tandis que vous autres mourrez... d'ennui.