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16.3.06

Livres brûlés à la Sorbonne

Lors de l'occupation de la Sorbonne, vendredi dernier, et malgré les précautions des étudiants responsables, des vandales, se réclamant vaguement (alibi ou véritable engagement ?) de "l'anarchisme", s'en sont pris à une bibliothèque (celle, je crois, de l'Ecole nationale des Chartes) pour se servir des livres comme projectiles contre les CRS. Mais certains ouvrages anciens (dont certains de 1829 et 1879) ont été purement et simplement brûlés dans la cour de la Sorbonne : cela m'a profondément choqué, je l'avoue, plus en tout cas que quelques vitres brisées ou quelques bouteilles volées dans la cave de l'université...
J'aimerai bien savoir, d'ailleurs, quels sont les titres de ces ouvrages livrés au feu et les raisons de leur incendie : le hasard ou un choix idéologique ? En tout cas, tout autodafé de livres m'est insupportable, et cela rappelle de bien sinistres époques et habitudes que l'on croyaient, sinon révolues, en tout cas réservées à d'autres régions du monde. Brûler un livre me choque car, à travers le papier qui flambe, c'est aussi des connaissances, des savoirs ou des hypothèses, des théories, parfois des erreurs, en somme tout ce qui est la nature même de la réflexion humaine et de sa liberté.
Suis-je trop "sentimental" ? Peut-être, mais, au-delà de l'incendie de quelques vieux textes, il me semble que les personnes qui se comportent comme des barbares consumant ce qu'ils ne veulent ni lire ni comprendre sont fort révélatrices d'un état d'esprit inquiétant : celui de la "négation", d'une sorte de nihilisme qui ronge une société peu soucieuse de la mémoire et de la pensée. En brûlant ces livres, les incendiaires ne se rendent-ils pas compte qu'ils font, aussi, le jeu d'un "Système" qu'ils prétendent pourtant refuser, celui de la "consommation-consumation", du "tout-jetable", du "présent éternel et marchandisé", contre l'esprit et sa possible liberté même ?
C'est parfois au coeur des bibliothèques que, dans nos sociétés transparentes, se cachent les mots et les pensées de la liberté : il est vrai que certains craignent ces "forêts immobiles" qu'il me plaît de parcourir en flânant de livre en livre...
vu sur:
http://www.u-blog.net/jpchauvin