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13.4.06

Le souverainisme? Qu'est-ce que c'est?

« (...) À tout seigneur, tout honneur, c’est Paul-Marie Coûteaux qui a introduit le souverainisme dans le débat politique français aux alentours de 1990. Il empruntait le mot à nos cousins du Québec qui exprimaient par le souverainisme leur revendication de conquérir la souveraineté pour la “Belle Province”. En France, le souverainisme consisterait, pour Coûteaux, à défendre une souveraineté menacée de disparaître dans les projets d’intégration européenne. Depuis lors, le mot a fait fortune et le souverainisme représente aujourd’hui un des pôles du débat politique français. À quoi bon un mot nouveau, diront certains, puisqu’il existe déjà le terme “nationalisme” pour désigner une action politique réfléchie au service de la France ? Les deux mots ne s’excluent pas, ils sont complémentaires. Le souverainisme a un caractère juridique et, surtout, il est axé sur la préservation de la souveraineté qui n’est autre que notre liberté de Français de conserver la maîtrise de notre destin. Le nationalisme est plus général et touche à la préservation et au développement de tout ce qui appartient au patrimoine de la nation ainsi qu’à la défense en toute circonstance de l’intérêt national. En ralliant le camp du souverainisme, l’Action française n’a rien renié de son nationalisme. Elle n’a fait que se conformer à sa stratégie de toujours, consistant à rechercher l’alliance pour un objectif déterminé – ici la défense de la souveraineté de la France – avec les républicains patriotes (dont nous ns distinguons, par notre nationalisme justement (ndlr)). C’est ce qu’elle appelle le “compromis nationaliste”. (...) Selon eux, il valait mieux demeurer entre soi plutôt que de participer à l’alliance de tous les patriotes par delà leurs divergences idéologiques ou partisanes pour faire échec à la Constitution européenne. Leur attitude s’est apparentée à une désertion au moment où la France était près de renoncer à elle-même. Le “non” du référendum du 29 mai a marqué un coup d’arrêt salvateur. Nous sommes fiers, à l’Action française, d’y avoir contribué non seulement par nos suffrages, mais aussi par l’intense propagande que nous avons menée les mois précédents. La souveraineté nationale S’il y a des mots nouveaux qui s’installent dans le langage politique, il y a aussi des mots ou des expressions qui, avec les années, acquièrent un nouveau sens. C’est le cas de la “souveraineté nationale”. (...) le maître de l’Action française oppose (y) la « souveraineté de salut public ». (...) Maurras prend ici l’expression “souveraineté nationale” au sens des révolutionnaires de 1789 qui avaient écrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme : « La souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Cependant, après la guerre de 1914-18, les mots avaient évolué. Souveraineté nationale était devenu l’équivalent d’indépendance nationale, la première étant le support de la seconde. Maurras dénonça désormais la nocivité de la souveraineté populaire. En 1949 il publiait un ouvrage Pour un jeune Français (chez Amiot-Dumont) où il s’en prenait à ceux qui veulent «abandonner en tout ou en partie la souveraineté nationale» au profit d’une idéologie qui servirait des intérêts étrangers. Les souverainistes républicains ont eux-mêmes entériné cette évolution sémantique. Ils se présentent en défenseurs de la souveraineté nationale et populaire afin de préciser qu’ils se réclament aussi de la démocratie. Ce qui réunit tous les souverainistes, c’est la souveraineté nationale, et elle seule. C’est là le meilleur terrain d’entente entre Français par delà leurs options politiques divergentes : la volonté de préserver une France libre et indépendante.» Pierre PUJO L’Action Française 2000 n° 2695 – du 16 février au 1er mars 2006