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13.4.06

Nos Maîtres: Pierre Boutang

Pierre Boutang naît le 20 septembre 1916 à Saint Étienne. Fils d'un père ingénieur ayant sa propre fonderie de métal, il apprend à lire dans les colonnes de l'Action française. Elève boursier au Collège jésuite Saint-Michel et au lycée de SaintÉtienne, puis au lycée du Parc, Pierre Boutang découvre Spinoza en khâgne grâce à son maître Jankélévitch, tout en éprouvant une réelle passion pour Rimbaud. En 1935, il entre à l'Ecole normale. Il rend visite à Maurras avec des étudiants royalistes et à partir de 1936, il écrit à L'Etudiant Français, le journal des étudiants d'Action Française. Cette même année, il se marie avec Marie-Claire Canque, deuxième femme reçue à l'Agrégation de Lettres classiques, dont il aura six enfants. Dès 1937, Pierre Boutang donne des conférences à l'Institut d'Action Française. En 1939, il est reçu à l'agrégation de philosophie et se voit confier par Maurras la "Revue de presse " de L'Action Française. Vient la guerre. En 1940, il rédige la plaquette " Amis du Maréchal " avec son ami Henri Dubreuil. Au cours de l'année 1941, il enseigne la philosophie et, alors qu'il avait été affecté dans une compagnie de Tirailleurs algériens, prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr. En octobre, toutefois, Boutang part en Afrique du Nord, après avoir soumis son projet à Maurras, afin de mieux combattre l'occupant. Cette année là, il prend contact avec le Comte de Paris. Démobilisé en octobre 1945, Pierre Boutang retourne à Paris. Il n'a pu assister au procès de Maurras et, à peine nommé maître assistant à l'Université se voit lui-même persécuté par certains gaullistes, et est exclu de l'enseignement public. Il traduit, alors, et préface l'Apologie de Socrate. Maurras le remercie en lui dédiant ainsi La Consolation à Térence : "A Pierre Boutang, en souvenir de notre Grèce romaine. " En 1947, Boutang publie son premier roman La maison, un dimanche (La Table Ronde). Nommé par Maurras responsable de la Politique à l'hebdomadaire d’AF Aspects de la France, il rend souvent visite à son maître emprisonné et se bat pour sa réhabilitation comme pour celle du Maréchal Pétain. Entre 1948 et 1950, La Politique considérée comme souci, Le Furet, La République de Joinovici et Quand le Furet s'endort marquent une intense activité de publication. Boutang oeuvre aussi à la renaissance de l'Action Française. Le 16 novembre 1952, Maurras décède à Tours. Dans Aspects de la France, Boutang écrit "Nous l'avions avec peine reconnu mortel. […]Mais la mort est venue. Nous savons mieux qu'avant, que ce Maître et ce Père ne nous quittera plus. Il n'y a que des devoirs et des tâches." Ce que Pierre Boutang fera de manière solitaire en tentant sa propre aventure. Le 12 octobre 1955, sort le premier numéro de l'hebdomadaire La Nation Française, journal royaliste créé avec Michel Vivier et dont Boutang tient l'éditorial ainsi que la chronique " Signes du Temps ". En 1958, il publie Le Secret de René Dorlinde et La Terreur en question, dénonçant la vacuité du régime et l'aveuglement de certains intellectuels face à la Terreur instaurée par le FLN et plus largement les systèmes de type soviétique. En 1961, Boutang écrit la préface aux Possédés de Dostoïevski. Déçu par les choix de De Gaulle, il accumule aussi les procès pour " offense au chef de l'Etat ". Dans la Nation Française, Halévy écrira que Boutang est " le seul à la hauteur de notre tragédie politique ". En 1964, il se rapproche de nouveau du général De Gaulle, comptant sur un accord entre le Comte de Paris et celui-ci. Mais à l'approche de 1968, le témoignage philosophique va reprendre le pas sur le pur militantisme. Le 18 octobre 1967 parait le dernier numéro de La Nation Française, prophétiquement intitulé " Manifeste avant les orages ". Le 6 juin 1967, Pierre Boutang est réintégré dans l'Université. Se rapprochant à nouveau de l'Action Française, il soutient, en 1973, sa thèse sur l'Ontologie du secret à la Sorbonne, considérée par George Steiner comme " l'un des maîtres textes métaphysiques de notre siècle." En 1976, Boutang publie Le Purgatoire et en 1977, Reprendre le pouvoir. Il est, cette même année, élu professeur à la Sorbonne à la chaire de Métaphysique et de Morale. En 1981 c'est la parution de La Fontaine politique, et d'un pamphlet contre Giscard d'Estaing, Précis de Foutriquet. Il soutient, avec le Comte de Paris, la candidature de François Mitterrand. En 1987, Boutang est nommé "Professeur émérite" à la Sorbonne. Les années suivantes, il crée un séminaire de philosophie qui se tiendra chez lui jusqu'en 1997, et publie, entre autres, ses Dialogues avec George Steiner. Les Editions de la Différence entame une grande réédition de son oeuvre de critique, dont le Blake, ou son Karin Pozzi. Il décède le 27 juin 1998, laissant derrière lui une oeuvre monumentale consistant en des dizaines de Cahiers qui constituent un commentaire métaphysique mené depuis l'adolescence. Ne sistas: te lux altius ire monet, " Ne t'arrête pas : la lumière te prévient d'aller plus haut ". Telle était la devise de Pierre Boutang. Il ne s'est jamais arrêté, n'a jamais rien concédé, n'a jamais rien renié. Il restera, certes, dans les mémoires comme un " homme d'une intelligence transcendante " (George Steiner). Mais Pierre Boutang annonça surtout l'irréductibilité de la liberté de l'esprit à l'âge de l'Argent-Roi qui prétend pouvoir tout ruiner de l'homme incarné.
Gabrielle, paru dans le n° 61 d'
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