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18.4.06

Quelques livres "d'en face" à lire avec profit...

Hommage à la Catalogne George Orwell
Engagé dans les milices du Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (POUM), l'auteur de 1984 connaît la Catalogne au moment où le souffle révolutionnaire abolit toutes les barrières de classe. La mise hors la loi du POUM par les communistes lui fait prendre en horreur le "jeu politique", les méthodes staliniennes, qui exigeait le sacrifice de l'honneur et de la common decency au souci de l'efficacité révolutionnaire. Son témoignage au travers de pages parfois lyriques et toujours bouleversantes a l'accent même de la vérité. À la fois reportage et réflexion, ce livre reste, aujourd'hui comme hier, un véritable bréviaire de liberté face aux totalitarismes naissants . 294 pages, 2005, 6,94€

Nous qui désirons sans fin de Raoul Vaneigem
Nous qui désirons sans fin fait l'examen critique d'une société marchande en déclin et d'une société vivante appelée à la remplacer. Le capitalisme mondial n'est plus qu'un système parasitaire déterminant l'existence d'une bureaucratie où le politique est aux ordres d'une pratique usuraire.Toute l'organisation sociale est ainsi menacée, jusque dans sa contestation qui, ne cherchant d'autres solutions, en dehors de l'économie d'exploitation, se dégrade avec elle. Cependant, si nous ne voulons plus d'une civilisation qui a tourné toutes ses espérances vers la mort, nous ne voulons pas davantage d'une société où la vie est perçue à travers l'optique de la rentabilité. Comment empêcher les désirs de devenir leur contraire? (...) il lui importe avant tout de renaître à ce qu'il a en nous de plus vivant. 203 pages, 1999, 6,07€.

RAF, la guérilla urbaine en Europe occidentale de Anne Steiner & Loïc Debray
En 1972, alors que la jeunesse occidentale poursuit sa mobilisation contre la guerre du Viêtnam, des bombes explosent aux quartiers généraux américains de Francfort et Heidelberg. Des soldats sont tués et des ordinateurs chargés d'assurer une partie de la logistique de l'armée américaine au Viêtnam sont détruits. Pour la première fois, un groupe de lutte armée, la RAF, affirme qu'il ne représente que lui-même, qu'il est sujet révolutionnaire. Il attaque l'impérialisme au coeur même des métropoles, en Allemagne fédérale. Pour les militants de la Fraction armée rouge, le mot d'ordre du mouvement étudiant, « Il faut lutter ici et maintenant », est devenu une prescription éthique qu'ils ont assumée jusqu'en prison, dans les conditions les plus dures. (...) Cet ouvrage accorde une place déterminante aux écrits de la RAF et aux enjeux qu'ils sous-tendent car c'est avant tout la production théorique du groupe qui éclaire le mieux sa cohérence et sa singularité. Les entretiens menés avec d'anciens militants, sympathisants et avocats permettent de retracer des itinéraires (...). Anne Steiner, maître de conférences au département de sociologie de l'université de Nanterre, a soutenu en 1985 une thèse sur la violence révolutionnaire en Allemagne de l'Ouest. Ses dernières recherches portent sur le mouvement anarchiste individualiste. Loïc Debray, professeur de mathématiques, écrit depuis plusieurs années dans la revue Temps critiques où il développe une analyse politique de l'individu. 255 pages, 2006, 13,30€

Emile Pouget, la plume rouge et noir du Père peinard de Xose Ulla Quiben
Il porte toujours son feutre confédéral et sa pointe de barbiche. Il s'en va lentement, de son pas tranquille, perdu dans ses rêveries, quelquefois avec un filet à provisions en mains. II a toujours son allure de bon employé scrupuleux et méthodique, d'homme paisible et rangé. Ceux qui le rencontrent ne se doutent point qu'ils viennent de coudoyer le terrible terroriste de 1894. On peut saluer ce vétéran, il n'en existe pas des douzaines comme celui-là.» Victor Méric, «Souvenirs d'un militant», La Vague, 28 février 1925. Emile Pouget, fut marqué à jamais par le procès des communards de Narbonne qui se tint à Rodez. Monté à Paris, il est condamné à 8 ans de prison pour avoir protégé Louise Michel à la manifestation des sans travail. Sa plume rouge et noire donne vie au virulent « Père Peinard », journal pamphlétaire...Condamnations, prison puis exil... Le journaleux n'en finit pas de s'adresser aux bons bougres et bonnes bougresses qui peinent dans la mistoufle, conspuant (...) les pisse-froids de socialos... Le préfet de l'Aveyron écrit au ministre de l'Intérieur en mars 1894: «Cet individu est considéré dans le pays comme dangereux»... Effectivement, avec les anarchistes d'avant la grande guerre, il ouvre la voie au syndicalisme révolutionnaire en fondant... la CGT. Xose Ulla Quiben est né en 1958 en Espagne. Il réside en Aveyron où il exerce le métier d'instituteur. 399 pages, 2006, 15,00€

La bataille du logiciel libre. Dix clés pour comprendre de Perline & Thierry Noisette
Alors que l'informatique a envahi le quotidien de millions de nos contemporains, elle est devenue le champ d'une bataille d'une ampleur insoupçonnée en ces premières années du xxi' siècle : celle qui oppose les partisans du « logiciel libre » aux multinationales dont la fortune repose sur les « logiciels propriétaires ». Une bataille symbolisée par l'affrontement de plus en plus ouvert entre GNU/Linux et Microsoft - qui recourt désormais à toutes les armes contre cet adversaire insaisissable, de l'intoxication aux attaques juridiques. Jusqu'alors affaire de spécialistes et de techniciens, la révolution du logiciel libre concerne maintenant tous les usagers de l'informatique - et particulièrement ceux que préoccupe la mise en cause de l'intérêt public par la volonté d'accaparement de quelques grands groupes. D'où l'intérêt de ce livre, où les auteurs apportent des réponses claires et pédagogiques à toute une série de questions : comment est né le concept de logiciel libre? Que recouvre-t-il et qui sont ses pionniers? Comment fonctionne une communauté de développeurs ? Les logiciels libres répondent-ils vraiment aux besoins du grand public et peut-on se libérer de la dépendance aux logiciels propriétaires? Quels sont les enjeux géopolitiques du Libre? Quel rôle peut-il jouer dans le tiers monde? Au-delà de ses informations pratiques, ce livre propose un précieux éclairage sur les guerres de la « propriété intellectuelle »: les problématiques de la bataille du logiciel libre sont en effet similaires à celles des médicaments génériques ou des revues scientifiques. En cela, l'objet du Libre est pleinement politique et social.Journalistes et militants, Thierry Noisette (spécialiste des technologies de l'information et de la communication) et Perline (journaliste scientifique) étudient depuis longtemps l'impact dans la société des technologies, en particulier celles de l'information.128 pagesEdition : 2004

La restauration nationale. Un mouvement royaliste sous la Ve République de Jean-Paul Gautier
Née des retombées de la guerre de 1870 et de l'Affaire Dreyfus, l'Action française disparaît en 1944, "compromise" par son soutien au vainqueur de Verdun. Elle renaît dès 1945 à travers une publication clandestine. Lentement, les partisans du nationalisme intégral reconstituent leurs réseaux. À la veille de la guerre d'Algérie, l'organisation royaliste est reconstituée sous le nom de Restauration nationale. Elle se range aux côtés des partisans de l'Algérie française et structure la résistance métropolitaine à la politique d'Abandon. Cette réapparition du courant royaliste sur la scène politique, et sa permanence durant ces 50 dernières années, va marquer l'histoire de l'après-guerre. La nouvelle «génération Maurras » sera présente et active de Mai 68 au mouvement lycéen de 1996 en passant par les célébrations du Bicentenaire de la Révolution, en dépit des crises et scissions qu'elle affrontera. Cet ouvrage constitue une contribution indispensable pour comprendre la permanence de courants "antidémocratiques". 371pages, 2002, 20,43€

Leur jeunesse et la nôtre. L'espérance révolutionnaire au fil des générations de Jean Birnbaum "Nous n'avons pas vingt ans, nous n'avons pas trente ans, mais déjà dans la bouche un goût de terre brûlée. Car c'est en vain que nous sommes partis en quête de nos aînés. Nous avions rêvé d'un dialogue et qu'ils nous communiquent le feu qui embrasa leur jeunesse. Au lieu de quoi, ils nous tournèrent le dos, préférant se claquemurer dans une nostalgie stérile : après eux, le désert... Nous voici livrés à nous-mêmes. A l'origine de cet essai, donc, il v a la volonté de se réapproprier un passé, pour en tirer leçons, en notre nom. Sur les espérances révolutionnaires, exercer un droit d'inventaire. Récupérer, avec la génération 68 ou plutôt malgré elle, quelque chose comme un passage du témoin. Cette enquête en filiation, j'ai voulu la mener au miroir d'une tradition singulière (le trotskisme), et donner la parole à des militantes, des militants, célèbres ou anonymes, passés ou présents. Ceux-là n'ont pas toujours évité les tentations autoritaires, mais depuis le combat « antistalinien » jusqu'aux luttes altermondialistes en passant par la solidarité avec les peuples colonisés, ils n'en ont pas moins ancré leur révolte dans un souci vital de transmission. Au creux de leur discours, il s'agit de restituer ce qu'on pourrait nommer une pédagogie de l'émancipation : l'écoute des aînés, le goût pour la chose imprimée, la passion des idées... D'explorer l'élan et l'enthousiasme, d'abord, mais aussi les déchirures intimes : sur les dérives sectaires, par exemple, ou encore sur la question juive. (...) Et maintenant ?Jean Birnbaum, 31 ans est journaliste an Monde. 368 pages, 2005

Le sabotage d'Emile Pouget

Pour les ouvriers dont le travail est exploité, « saboter », c'est enrayer la machine de production. Syndicaliste militant et cofondateur de la Confédération générale du travail, Émile Pouget (186o-193s), publie vers 1911-1912 un véritable manuel de résistance. Subversif, méthodique, il expose avec humour la théorie et la pratique du sabotage, du « vas-y molto » à la grève du zèle, en passant par toutes les manières de ruiner l'image d'un patron... Car saboter n'implique pas forcément détruire. Étymologiquement, c'est « travailler comme à coup de sabot », faire du mauvais travail.Si, comme on nous le dit, le travail est une marchandise, alors pour avoir du travail de qualité, il faut que les patrons y mettent le prix : « À mauvaise paye, mauvais travail !» 111 pages, 2,38€

La révolte des Canuts. 1831-1834 de Fernand Rude
Des « Trois Glorieuses prolétariennes » de novembre 1831 à « la sanglante semaine » d'avril 1834, les deux insurrections des canuts de Lyon sont restées dans l'histoire comme les premières luttes ouvrières. « 1848 n'inventa rien, écrivait l'historien Daniel Halévy. 1830, au contraire - et les trois années qui suivirent - marque la vraie crise, l'invention des idées, l'initiative des mouvements. Alors le saint-simonisme, le fouriérisme et le blanquisme se forment à Paris dans les cénacles et les clubs ; et le syndicalisme plante son drapeau noir sur la colline de la Croix-Rousse. » Fernand Rude retrace l'histoire de ces révoltes qui constituèrent un tournant dans l'histoire de la classe ouvrière : l'organisation, la lutte des ouvriers lyonnais, leur victoire éphémère et la répression sanglante qui suivit. Fernand Rude, connu pour ses nombreuses études d'histoire du mouvement social, est notamment l'auteur d'une thèse capitale Le Mouvement ouvrier à Lyon de 1827 à 1837, et, aux éditions Maspero, d'une histoire de l'insurrection de 1831, C'est nous les canuts. 208 pages, 14,92€

Libération de Sartre à Rothschild de Pierre Rimbert
Fondé par Jean-Paul Sartre en 1973, pour « donner la parole au peuple », Libération est passé en 2005 sous le contrôle du banquier d'affaires Édouard de Rothschild. Ces noces de la presse et de l'argent n'éclairent pas seulement le sort des journaux français livrés aux industriels. Libération fut aussi le laboratoire d'une métamorphose. Celle d'une gauche convertie au libéralisme dans les années 1980, et qui dissimule son conformisme économique derrière un rideau d'« audaces » culturelles.Au-delà de l'analyse d'un cas exemplaire, ce livre examine les ressorts d'une révolution libérale dans la vie intellectuelle française. 143 pages, 2005

Révolte consommée. Le mythe de la contre-culture de Joseph Heath & Andrew Potter
« Dans ce livre, nous avan~ons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de la société sur laquelle repose l'idée contre-culturelle est fausse. » Joseph Heath et Andrew Potter proposent une analyse à la fois précise et passionnante des mouvements culturels de la société de consommation de ces trente dernières années, mouvements qui se veulent radicaux. De la naissance de la contre-culture à son institutionnalisation, les deux essayistes mettent à nu la logique commune du capitalisme et de ces mouvements anticonsommations dont l'émergence a eu pour résultat de créer de nouveaux marchés et de renforcer le système, au lieu de combattre ses perversions et ses excès. À la fois histoire de la pop culture, manifeste politique et analyse sociale, cet essai propose unvrai débat, s'amuse àremettre en question les personnalités les plus médiatiques de la contre-culture (Michael Moore, Naomi Klein... ) mais surtout, invite le lecteur à trouver de nouvelles pistes de réflexion. 431 pages, 2006