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17.5.06

Bien envoyé !

Sans trop savoir ce que cela voulait dire, François avait longtemps été « païen ».
Il l’avait été sans doute assez largement par goût vaniteux et infantile de la rupture affirmée et de la différence exhibée… Certainement aussi par appétence pour la légère odeur de soufre et l’image iconoclaste et décalée que ce vocable drainait derrière lui. Et puis le flou de cette expression n’obligeait pas à grand-chose, ce qui était plutôt confortable… Se saouler était un « hommage à Bacchus », se soumettre à ses pulsions sexuelles était « dionysiaque »... etc… Il pouvait ainsi mener la vie la plus parfaitement dégénérée qui soit, rigoureusement identique à celle de tous les autres pitoyables pantins de sa génération, tout en se pensant farouchement « différent », en estimant qu’il était ainsi fidèle à une fumeuse « longue mémoire » et qu’après tout les vikings ne se seraient pas mieux comportés… Il avait aussi été attiré vers les halos de cette étrange et complexe spiritualité par intérêt pour des analyses et des questionnements intellectuels dont il ne réfutait nullement aujourd’hui tout l’apport et l’acuité.
Pure construction volontariste, ce « paganisme » proclamé n’avait néanmoins jamais été ni charnel, ni simplement ressenti ou concrètement et intimement vécu. Une artificielle coquetterie de moderne enivré par un désir de rupture. Un dandysme facile lorsque l’on se veut inclassable alors qu’on est simplement égaré.
Qui d’ailleurs pouvait prétendre vivre au au quotidien ce fameux « néo-paganisme » que l’on voyait surtout s’exacerber à l’occasion des grandes bacchanales des solstices ? Avait-on inventé la divinité du photocopieur pour remplacer celle des semences, de la terre, de l’âtre et de la moisson dont la plupart des thuriféraires du renouveau païen étaient aujourd’hui généralement tant éloignés par leur milieu social comme par leurs activités professionnelles ?
François était arrivé à un âge où l’on ne peut plus lutter contre l’évidence. Il était catholique. Catholique par chaque fibre de son corps, par chaque composante de sa culture, des ses valeurs, de sa morale, de ses goûts et de ses espoirs…
Avait-il la foi ? Il ne savait… Mais il pleurait dans les églises, admirait les cathédrales, voyait dans les dogmes d’indispensables facteurs d’ordre social et de tentative d’élévation de la nature humaine, et les vies les plus dignes qu’il avait pu observer ou approcher étaient baignées d’un intense catholicisme sans prosélytisme ni prétention.
Etre catholique, il savait ce que cela signifiait, ce que cela induisait, ce que cela exigeait...
On s’y tient où l’on ne s’y tient pas (et énormément de prétendus catholiques ne s’y tiennent pas ce qui pouvait expliquer le recul nauséeux et méprisant qu'il avait pu avoir au premier abord…).
Il était catholique.
Il ne s’agissait nullement d’une « démarche », d’un « parcours » ou d’une « volonté » mais d’un simple constat, une évidence longtemps combattue qui finissait par triompher car il ne pouvait en être autrement. Il était catholique. Cela ne l’amusait vraiment pas, cela l’inquiétait même beaucoup et l’agaçait plus encore…
Mais il n’y pouvait rien.

vu sur A trop courber l'échine

1 Comments:

At 21:28, Anonymous Anonyme said...

Très beau texte ...

Mais François n'a jamais,sans doute,ne serait-ce qu'effleuré la spiritualité antique dans ses ressorts profonds, dans ses exigences intimes, dans cette ascèse si ardemment polaire ...

Pauvreté du langage à exprimer la Droite Voie ... A restituer la grande guerre sacrée que se livre l'âme pour rectifier et exiger la verticalité de l'être dans sa dimension cosmique ... Brutalité sidérante de la mort initiatique, immense silence de l'impersonnalité active, mer calme de la distance intérrieure ...

Quant aux guignols qui se pintent autour des feux solsticiaux en se réclamant vikings d'un soir, ils sont aussi représentatifs de la spiritualité antique que les bolos qui se trémoussent sur les djembés de la fête de la musique.

Quoi qu'il en soit, je me rejouis que François ait trouvé sa voie. Qu'il soit homme dans sa foi !
Car, comme le souligne Homère : "Le plus important est le chemin que l'on parcourt et non le but que l'on atteint".

Je suis un homme que l'on dit "païen". Comment peut-on définir ma spiritualité, mon empire intérieur, par ce mot si impropre ?
Mot de dédain d'une caste chrétienne et urbaine à l'égard de ces paysans "incultes, frustres et idôlatres" ... Cela me rappelle les mots ritals, spingouins, ploucs ...

Je suis Gréco-Romain, de cette longue tradition spirituelle si étrange aujourd'hui, et surtout je suis un homme libre !

 

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