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28.5.06

ennemi?

Parfois l'apaisement externe est réel, mais bien souvent aussi on le croit réel alors qu'il n'est qu'illusoire. On croit qu'il n'y a pas d'ennemei externe, en fait l'ennemi est là, simplement on ne le voit pas. Et l'ennemi fait évidemment tout ce qu'il faut pour qu'on ne le voie pas! Il s'avance masqué, cultive l'art du camouflage. Ou encore, comme le renard dans la fable de La Fontaine lorsqu'il s'adresse au coq (Le Coq et le Renard), parle de paix universelle : "Paix générale cette fois.//Je viens te l'annoncer; descends que je t'embrasse". Le coq, bien inspiré, reste naturellement sur son arbre sans en bouger. Les paroles du renard le laissent sceptique. Mais il s'en faut que tous suivent son exemple. Beaucoup descendent de l'arbre et connaissent le sort qu'on peut imaginer. Le plus souvent d'ailleurs, le renard n'a pas même besoin de parler de paix universelle, car le coq lui-même est un adepte de la paix universelle. "Personne n'est assez naïf pour penser qu'un pays n'aura pas d'ennemi, parce qu'il ne veut pas en avoir", écrit Julien Freund. Non certes, mais beaucoup se refusent à l'utilisation même de la catégorie d'ennemi pour penser le politique. Pour eux, il n'y a pas d'ennemi, il n'y a que des amis. Les distinctions traditionnelles qu'on établit entre le Même et l'Autre, le compatriote et l'étranger, l'autochtone et "l'hétérochtone", etc. sont artificielles, voire dangereuses, car elles font obstacle à la fraternisation entre les humains. Il convient donc de le proscrire, à la limite même de punir ceux s'obstinant à les utiliser. Le simple fait d'en venir à opposer l'ami et l'ennemi serait en soi suspect, révélateur de tendances inacceptables (à la limite même justiciable des tribunaux).

De telles manières de penser sont fort courantes à notre époque, en particulier parmi les chrétiens, qui croient que lorsque le Christ dit qu'il faut aimer ses ennemis, cela signifie qu'il faut mettre bas les armes et renoncer à se défendre. Or, comme l'a montré Carl Schmitt, une telle interprétation de la parole biblique repose sur une confusion entre l'ennemi au sens privé (inimicus) et l'ennemi au sens public (hostis). Le Christ ne dit pas: diligite hostes vestros, mais dit: diligite inimicos vestros. Il ne se réfère donc pas à l'antagonisme politique mais aux seuls conflits de la sphère privée. "C'est dans la sphère de la vie privée seulement que cela a un sens d'aimer son ennemi", commente Carl Schmitt. Et encore: "Dans la lutte millénaire entre le christianisme et l'islam, il ne serait venu à l'idée d'aucun chrétien qu'il fallait, par amour pour les Sarrasins ou pour les Turcs, livrer l'Europe à l'islam au lieu de la défendre". Carl Schmitt disait aussi que "si une partie (du) peuple déclare ne plus se connaître d'ennemi, elle se range en tout état de cause du côté des ennemis et leur prête son appui sans faire disparaître pour autant la discrimination ami-ennemi". "Il n'est pas excessif ou irréaliste de considérer les communautés musulmanes d'Europe comme une extra-territorialité civilisationnelle et politico-juridique potentielle, directement rattachable à un Bloc islamique extérieur", écrit par exemple Alexandre Del Valle* dans un ouvrage consacré à la menace islamique en Europe.


in L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme,1998) de Eric Werner, Diplômé de l'Institut d'Etude politique de Paris, Docteur ès Lettres.
vu sur theatrumbelli

*les travaux de Del Valle sont très inégaux en sérieux, reste que cette remarque garde toute sa portée... prophétique.

1 Comments:

At 19:24, Anonymous pv said...

Un bon article !

 

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