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24.5.06

Gallo, Makine, Lacoste... la nation une idée d'avenir

«Fier d’être français » de Max Gallo, ancien conseiller du président socialiste Mitterrand, et « Cette France qu’on oublie d’aimer » de l’écrivain d’origine russe Andreï Makine, prix Goncourt 1995. Cela complétera la lecture de Marc Bloch, de Charles Maurras, d’Yves Lacoste, etc., sur ce même thème. D’autre part, je poursuis ma lecture des textes de Nicolas Portier, ce jeune théoricien du néo-royalisme des années 90, et en particulier cet article paru dans la revue « Réaction » dans l’été 1993 et intitulé « Qu’est-ce qu’une nation ? » dans lequel il tente une définition de la nation adaptée aux défis de la mondialisation, défis autant économiques que politiques et civilisationnels.

J’ai lu les deux ouvrages achetés samedi, celui de Makine comme celui de Gallo : ils étaient d’ailleurs faciles à lire, écrits d’une plume leste, parfois chargée de colère, mais toujours d’amour, de cet « amour sacré de la patrie » que ces deux écrivains, l’un immigré russe, l’autre fils de réfugiés antifascistes italiens, éprouvent pour la France. Max Gallo cite abondamment Marc Bloch, Simone Weil (philosophe qui me semble incontournable, en particulier sur les thèmes de la liberté et de l’enracinement), et aussi Albert Camus, tandis que Makine cite Léon Daudet, tout en se défiant d’en accepter les idées politiques.
Néanmoins, le Café politique portera sur la nation, non sur le seul plan sentimental ou du « vécu » individuel de l’un ou de l’autre, mais sur le plan théorique et sur le plan pratique plus général, sur le plan politique proprement dit. Je vais relire ce soir les écrits d’Yves Lacoste, spécialiste de géopolitique, qui défend une conception « de gauche » de la nation, et ceux de Thierry Maulnier, considéré dans les années trente comme le « fils spirituel de Maurras », et qui a écrit un ouvrage intitulé « Au-delà du nationalisme » fort intéressant sur ce sujet.
Pour en revenir à ma réflexion personnelle sur la nation, je pense que la conception jacobine de la nation stérilise la « nation vivante » en la transformant en une idéologie et en un « unitarisme » qui confond « unité » (nécessaire, vitale même, car sans elle, pas de nation qui tienne dans l’Histoire) et « uniformisation » (dévitalisante car négligeant les déclinaisons provinciales de l’unité nationale et le principe de la formation même de la nation). Entre la conception d’une nation qui « incorpore » des provinces et des cultures sans les nier mais en s’imposant à elles comme le « plus vaste des cercles communautaires », et celle d’une Nation (avec un « N » majuscule, impérial…) qui refuse les différences et les méprise au risque de provoquer, en réaction, l’affirmation des séparatismes (qui se veulent eux-mêmes « nationalismes »…), je choisis ce qui a longtemps été la pensée et la pratique des Capétiens, et qui pourrait se résumer en une formule : « les républiques françaises sous le patronage de l’Etat central ». Ce que les légistes royaux traduisaient en latin par la formule « Sub rege, rei publicae », indiquant par là-même que c’est le roi qui permettait aux communautés et à leurs franchises d’exister, de respirer librement.
Voici juste quelques bribes de réflexion, fort incomplètes bien sûr, sur ce sujet de la nation qui est presqu’inépuisable…
vu sur le blog de JP Chauvin