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2.6.06

Double identité provinciale

vu sur le blog de la provence royaliste

“Ce que nous voulons ? Écoutez :
Nous voulons que nos fils, au lieu d’être élevés dans le mépris de notre langue, (ce qui fait que, plus tard, ils mépriseront la terre, la vieille terre maternelle que laquelle Dieu les a fait naître), nous voulons que nos fils continuent à parler la langue de la terre, la langue dans laquelle ils sont fiers, par laquelle ils sont forts, par laquelle ils sont libres.

Nous voulons que nos filles, au lieu d’être élevées dans le dédain de nos coutumes de Provence au lieu d’envier les fanfreluches de Paris ou de Madrid, continuent à parler la langue de leur berceau, la douce langue de leurs mères, et qu’elles demeurent, simples, dans les fermes où elles naquirent, et qu’elles portent à jamais le ruban d’Arles comme un diadème de reine.

Nous voulons que notre peuple, au lieu de croupir dans l’ignorance de sa propre histoire, de sa grandeur passée, de sa personnalité apprenne que ses pères se sont toujours considérés comme une race, apprenne qu’ils ont su, nos vieux Provençaux, vivre toujours en hommes libres et toujours su se défendre comme tels : à Marseille, autrefois, contre la Rome de César: dans les Alyscamps d’Arles, à la Garde-Freinet, contre les Sarrasins : à Toulouse, à Béziers, à Beaucaire, en Avignon, contre les faux croisés de Simon de Montfort : à Marseille, à Fréjus, à Toulon, et partout, contre les lansquenets de l’empereur Charles-Quint.

Il faut qu’il sache, notre peuple, que nos ancêtres se sont annexés librement mais dignement à la généreuse France : dignement, c’est à dire en réservant tous les droits de leur langue, de leurs coutumes, de leurs usages et de leur nom national. Il faut qu’il sache, notre peuple, que la langue qu’il parle, a été, lorsqu’il l’a voulu, la langue poétique et littéraire de l’Europe, la langue de l’amour, du Gai-Savoir, des libertés municipales, de la civilisation…

Peuple vaillant, voici ce que nous voulons t’apprendre : C’est à ne rougir devant personne, comme un vaincu, à ne pas rougir de ton histoire, à ne pas rougir de ta patrie, à ne pas rougir de ta nature, à reprendre ton rang, ton premier rang entre les peuples du Midi… Et quand chaque Provence, et chaque Catalogne auront de cette façon reconquis leur honneur, vous verrez que nos villes redeviendront des cités : et là où il n’y a plus qu’une poussière provinciale, vous verrez naître les arts, vous verrez croître les lettres, vous verrez grandir les hommes, vous verrez fleurir une Nation !
Je bois : A la Catalogne notre sœur! à l’Espagne notre amie! à la France notre mère!”

Frédéric Mistral, Discours de Saint-Rémy aux poètes catalans