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14.9.06

ABC du royalisme social : Leçon n°10

LA REPUBLIQUE OBSTACLE A LA REORGANISATION CORPORATIVE
Qu’est-ce qui prouve que la république est résolument hostile aux libertés ouvrières et à l’établissement d’un nouveau régime corporatif ?
Deux choses le prouvent. Premièrement son passé ; deuxièmement, son intérêt le plus évident.

Qu’a-t-elle donc fait dans le passé, la république ?
Elle a supprimé les institutions corporatives et interdit, sous peine de mort, de les recréer.

La troisième république n’a-t-elle pas réparé le crime de la première, en dotant les ouvriers d’une loi qui leur permet de former des syndicats ?
Il est vrai que la loi de 1884 sur les syndicats a été votée par un parlement républicain. Mais il faut tenir compte de deux faits. En premier lieu, les syndicats existaient bien avant leur reconnaissance légale par le gouvernement républicain ; des syndicats s’étaient reformés malgré la loi révolutionnaire, et le parlement républicain n’a fait qu’enregistrer, en 1884, un état des choses qu’il déplorait, mais qu’il ne pouvait pas empêcher.
Le deuxième fait qu’il faut retenir, c’est que la loi de 1884 a été plus nuisible qu’utile à la classe ouvrière.

Comment cela ?

La loi de 1884 eût été le point de départ d’une magnifique reconnaissance corporative si elle avait mis la réalité du lien professionnel, l’existence d’un intérêt commun aux patrons et aux ouvriers. Il suffisait, comme le demandaient les royalistes, d’encourager, de favoriser, sinon de promouvoir l’organisation par métier, par profession. Mais les républicains n’ont rien voulu entendre ; les républicains n’ont reconnu que le groupement par classe, c’est-à-dire la formation syndicale en place de la formation corporative. Or, la formation syndicale, considérée comme expression dernière du groupement professionnel, retient, dans une
entreprise stérile et dangereuse de lutte l’un contre l’autre l’ouvrier et le patron et retarde par là même l’œuvre de libération ouvrière.

Dans quel but les républicains entretiennent-ils la lutte des classes ?
Afin de pouvoir continuer leur œuvre d’exploitation. La lutte des classes entretient l’ouvrier dans cette illusion que l’ennemi c’est son patron, alors que la cause première de son état de servitude, c’est le régime du bon plaisir imposé par la révolution et maintenu par les politiciens républicains.
Absorbé qu’il est par la lutte contre le patronat, l’ouvrier n’aperçoit pas la figure de son ennemi véritable, le politicien démocrate, profiteur du régime du bon plaisir, qui à l’abri de toute surveillance, peut digérer tout à son aise.
De plus, la lutte des classes, qui provoque la grève ouvrière et le lock out patronal, fournit des prétextes aux républicains démocrates pour briser les organisations ouvrières et noyer dans le sang la révolte prolétaire.

Les républicains démocrates n’ont-ils pas un autre moyen de réduire à néant les revendications ouvrières ?
Oui, les ouvriers dupés, trompés, se retournent parfois contre les politiciens. Afin d’éviter le péril qui les menace, les républicains démocrates ont imaginé de domestiquer, de museler les chefs des syndicats, et, par eux, le prolétariat organisé.
Ne faut-il pas tenir compte à la république des réformes sociales qu’elle a réalisées ?
Les réformes sociales ne sont, en elles-mêmes, que de faibles restitutions à la classe ouvrière des bienfaits qu’elle possédait sous la monarchie et que la première république lui a confisqués. Encore cela n’est-il vrai qu’en apparence. Dans la pratique, les réformes servent à récompenser des services électoraux.
D’ailleurs, même si les réformes représenteraient vraiment une restitution, il ne faudrait pas en exagérer le mérite ; on devrait les considérer comme un moyen d’endormir les appétits d’affranchissement du travailleur. Car, ce qui importe, ce n’est pas seulement de soulager la souffrance du prolétaire, mais bien plutôt d’atteindre le mal dans sa racine, par conséquent d’arracher complètement le travailleur au prolétariat, de lui restituer sa « possession d’état » par l’institution d’un régime corporatif nouveau.

Quel est le principal obstacle à la réorganisation corporative ?
L’intérêt républicain démocratique.

Comment cela ?
Le régime corporatif suppose entre l’individu et l’Etat des sociétés intermédiaires ― communes, provinces, corps professionnels ― qui sont maîtresses dans leurs affaires particulières.
Le régime républicain démocratique, lui, n’admet pas la liberté des communes, des provinces, des corps professionnels. Ce qui le constitue, c’est d’un côté, l’Etat tout-puissant ; de l’autre l’individu-poussière, l’individu faible et désarmé, livré au bon plaisir de l’Etat.

Pourquoi l’Etat républicain ne peut-il admettre l’existence de libres corporations ?
Parce qu’il est électif. L’élection appliquée à tout fait de la république un gouvernement incapable de supporter la moindre liberté réelle.

Comment cela ?
Puisqu’il est créé par l’élection, le gouvernement républicain dépend de l’électeur. Pour se maintenir au pouvoir, il veillera donc à ce que l’électeur lui soit toujours fidèle. Il y parviendra en fonctionnarisant le corps électoral, ou tout au moins en mettant à l’électeur une corde au cou. Ainsi, l’électeur sollicite-t-il une place pour un ami ou pour lui-même ? L’Etat seul est à même de la lui fournir ; désire-t-il un secours, une pension d’assistance, une retraite ? C’est l’Etat qui tient la caisse. Il en résulte que c’est non plus le gouvernement qui dépend de l’électeur, mais bien plutôt l’électeur qui dépend du gouvernement.
Au résumé, le régime républicain ne se maintient qu’à la condition de s’emparer des attributions qui incombent tout à fait aux corporations. Le régime républicain suppose que l’Etat est le pourvoyeur nécessaire des places et des sinécures de toutes sortes. N’est-il pas évident que si la république laissait aux corporations le soin d’organiser elles-mêmes les services d’assurance et d’assistance pour leurs membres, les citoyens ne seraient plus débiteurs du gouvernement.

Qu’arriverait-il alors ?
Il arriverait que la république, n’ayant aucun appui, s’effondrerait. Elle ne peut se maintenir que si les citoyens dépendent d’elle, que si les individus sont ses esclaves. Ce n’est pas un peuple libre qui convient à l’Etat républicain, c’est un troupeau.

A l’égard des organisations professionnelles, le régime électif n’a-t-il pas un autre inconvénient ?
Oui, dans tout régime électif il se forme des bandes, appelées partis politiques, qui, dans le but de conquérir le pouvoir, pénètrent dans les syndicats ouvriers, les détournent de leurs fins professionnelles, et les transforment en agences électorales.

La classe ouvrière ne peut-elle s’opposer à cette main-mise des politiciens sur les syndicats ?
Dans la pratique, cela lui est très difficile. Les politiciens, disposant du pouvoir et des faveurs, ont peu de peine à trouver des complices dans les syndicats.

La libération ouvrière est donc une entreprise impossible en république démocratique ?
Oui, si la classe ouvrière s’obstine à supporter encore la république, elle doit renoncer à sortir du prolétariat. Si elle veut résolument s’affranchir, elle n’a qu’un parti à prendre : briser la république et établir un régime qui lui offre des garanties solides.

Quel régime peut offrir à la classe ouvrière de solides garanties ?
Il n’en est qu’un : c’est la Monarchie !