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10.9.06

Un dimanche au vert

Petite expérience personnelle. Cet après-midi, invité avec un groupe d'amis, nous nous retrouvâmes dans une fermette de la proche campagne parisienne. Cadre champètre et maison charmante servant habituellement, jusqu'à une date récente de chambres d'hôtes, et fermée pour "non-respect des nouvelles normes de sécurité" ( la maison a été ouverte en 1993 avec toutes les normes adéquates à l'époque et parfaitement entretenue depuis). Par ailleurs, le propriétaire, éleveur de vaches de façon traditionnelle (fourrage cultivé dans ses champs et nourri avec son fumier, sans pesticide, OGM ou autre), avait besoin de l'hôtellerie pour survivre plus aisément. Aujourd'hui sa petite exploitation est mise en périle à cause de l'esprit tatillon de l'administration.
Cet aimable éleveur a 150 vaches à nourrir, depuis 3 mois que son vacher est parti, il ne trouve personne pour le remplacer, ainsi, malgré le taux de chômage fort élevé, et à moins d'une heure de Paris, il y a du travail, mais "trop dur" pour tous ces brillants bacheliers ou autres. Il est vrai que pourquoi avoir un vacher, quand on a des trayeuses électriques, des distributeurs de grains et des nettoyeurs de lisiers automatiques... Autant d'appareils qui évitent que l'homme ait à être en contact avec la nature...
Mais, me direz-vous, ce n'est là que le triste spectacle d'un monde "moderne" et "civilisé", où on en vient même à se poser la question du pourquoi a-t-on encore besoin de l'homme?
Le plus aberrant est arrivé à 14h puis à 17h.
14h: le début d'après-midi bat son plein, les enfants et jeunes courent partout, tirent à l'arc, un charmant dimanche à la campagne qui fait oublier Paris la pollution, le stress et les présidentielles qui s'annoncent.... Jusqu'à ce qu'une estafette de gendarmerie arrive... Motif? Ces locaux sont fermés pour recevoir du public, et sur dénonciation des voisins, les gendarmes viennent constater l'infraction. Explication, nous sommes tous des amis, dont un officier supérieur de gendarmerie qui tente de tempérer la situation.....Les gendarmes repartent....
17h: 2 estafettes de gendarmerie arrivent, 2 gendarmes sortent de la 1ère et entrent dans la maison, la 2e relève les plaques d'immatriculation. L'état policier est là et bien là, malgré nos protestations et nos questions, les gendarmes refusent de nous répondre, la loi des suspect est proclamée, le propriétaire est coupable: coupable de recevoir ses amis chez lui à la campagne, coupable de nous faire oublier un peu pendant un court dimanche la société industrielle et de consomation que l'on voit toute la semaine, coupable de ne pas être labélisé "made in Bruxelles" sur son lait et son
fromage, et de ne pas avoir mis les dernières portes coupe-feu et caméras de surveillance dans ses chambres d'hôtes... pour nous "protéger", et pour notre "bien"....
En conclusion cette histoire est tellement révélatrice des maux et phénomènes de notre société actuelle que ça en devient déprimant. Retenons surtout, outre le traitement réservé aux agriculteurs "traditionnels", ou simplement amoureux de leur belle profession, l'attitude de ces cow boys, cette police soviétique ou gestapiste entrant chez les gens sans aucun respect, privilégiant surtout la loi froide et implacable au bon sens et à la raison. Le role premier de l'Etat et de ses défenseurs doit être la protection des citoyens, et non celle de la loi pour la loi. La loi civile est faite pour protéger l'individu, non pour le sanctionner. Mais comment voulez-vous qu'un état qui voit son rôle plus comme le gardien du dogme républicain et cherche à remplir ses caisses par tous les moyens d'une main pour la vider encore plus vite de l'autre, puisse comprendre cela....
Sur le chemin du retour, outre le "no pasaran" que je gardais dans ma gorge pour ne pas aggraver le cas de mes hôtes ( et en méditant aussi sur l'image "rassurante", prouvant que les enfants ont un minimum de sens de la justice, ces gamins voulant crever les pneus des gendarmes), je me disais que le seul garant de nos libertés, restait bien le ROI, défenseur des faibles, tel Louis IX sous son chêne. Voyant le bien de ses sujets avant l'intérêt de l'Etat, ne pouvant en tant qu'homme et père de son peuple, rester insensible à ses suppliques...

Adrien C.