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13.10.06

Pour en finir avec les partis politiques

vu sur voxgalliae

Félicitation encore une fois aux éditions Climats pour leur travail de santé mentale, dans la durée et en profondeur...

Beaucoup pensent que les partis politiques sont nécessaires à l’expression politique (certains disent l’ « expression démocratique »). Voyons ce qu’en pense la philosophe Simone Weil (1909-1943), dont les éditions Climats viennent de rééditer un texte simplement décisif. Dans cette note, Simone Weil se livre à une analyse rigoureuse de l’origine, de la nature et du rôle de la « pensée » partisane. Son diagnostic est sans appel.
Tous les partis politiques sont, par essence, totalitaires :« Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective. Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres. La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite. Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui. Ces trois caractères sont des vérités de fait évidentes à quiconque s’est approché de la vie des partis. »1

Les partis politiques sont mythomanes :« Ainsi la tendance essentielle des parts est totalitaire, non seulement relativement à une nation, mais relativement au globe terrestre. C’est précisément parce que la conception du bien public propre à tel ou tel parti est une fiction, une chose vide, sans réalité, qu’elle impose la recherche de la puissance totale. Toute réalité implique par elle-même une limite. Ce qui n’existe pas du tout n’est jamais limitable. C’est pour cela qu’il y a affinité, alliance entre le totalitarisme et le mensonge. »2

Les partis politiques sont sectaires :« La Réforme et l’humanisme de la Renaissance, double produit de cette révolte, ont largement contribué à susciter, après trois siècles de maturation, l’esprit de 1789. Il en est résulté après un certain délai notre démocratie fondée sur le jeu des partis, dont chacun est une petite Église profane armée de la menace d’excommunication. L’influence des partis a contaminé toute la vie mentale de notre époque. »3

Les partis politiques sont contagieux :« Presque partout – et même souvent pour des problèmes purement techniques – l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’opération de la pensée. C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout les pays, presque à la totalité de la pensée .Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. »4

*Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques, Climats, 2006,
1.pp. 35-36.
2. Ib, p. 40.3. Ibidem, p. 58.4. Ibidem, pp. 69-70.
3. Ib, p. 58.
4. Ib, pp. 69-70.

1 Comments:

At 22:19, Blogger Quincophonie said...

Simone Weil avait en effet une peur compulsive de ce qui est collectif, pour des raisons d'ordre métaphysique (donc politiques seulement médiatement.)
Le raisonnement s'applique au sujet de toute forme de collectivité dès lors qu'elle engendre une force par laquelle ses membres se grisent. En toute rigueur ce blog...

 

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