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9.1.07

Small is beautiful

Vu sur le blog de Philippe Maxence (de l'Homme Nouveau)...

On va croire décidément que j’aime les titres en anglais. En fait, ce n’est pas le cas. Mais le sujet que je voudrais traiter m’y oblige un peu. En 1973 paraissait à Londres un petit livre intitulé, Small is beautiful, a study economics as if people mattered. L’auteur ? Un économiste britannique d’origine allemande, ancien conseiller du British National Coal Board et consultant auprès de plusieurs gouvernements du tiers-monde. Ernest Fritz Schumacher a eu un parcours assez étonnant. Il fuit l’Allemagne nazie après avoir perçu très tôt les dangers de l’hitlérisme et se réfugie en Angleterre, travaillant aux côtés de Keynes avant de devenir le conseiller économique des charbonnages anglais. Ébloui par le bouddhisme, il se sent attiré par l’affirmation qu’il faut lier santé spirituelle et bien-être matériel. Il continue alors sa réflexion économique désirant toujours davantage la placer au service de l’homme. Finalement, il se convertit au catholicisme, en redevenant pendant un temps, le simple élève d’un cours de catéchisme. Quand paraît Small is beautiful, le livre se transforme en succès et son titre en slogan. Le but de Schumacher est de dégager les voies d’une société qui se mette au service de l’homme et non l’inverse. Il propose, en résonance avec le principe catholique de subsidiarité, que le pouvoir et les décisions soient au plus près des gens et des communautés intermédiaires. Il remet en cause le gigantisme, la multinationale, le mondialisme (qui n’est pas encore désigné sous ce nom), l’industrialisation de masse. Il préconise de recourir à des « technologies intermédiaires », adaptés à chaque situation. C’est un adepte de la décentralisation et de la recherche de nouveaux stylex de vie et de nouvelles habitudes de consommation. Si Small is beautiful est bien un livre d’économie, écrit par un économiste, dont la première phrase est : « Une des erreurs fatales de notre temps est de croire résolu le problème de l’économie », il est singulier de voir que la première partie du livre porte sur « Le monde moderne », avec un premier chapitre consacré au « Problème de l’éducation ». Démarche singulière donc pour un économiste.
L’épilogue du livre est encore plus surprenant. Il est constellé de citations de Josef Pieper, qui est au thomisme allemand ce que Jacques Maritain ou Étienne Gilson sont au thomisme français. Il faut dire que cet épilogue propose des réflexions sur les quatre vertus cardinales (force, tempérance, justice et prudence) auxquelles Schumacher conseille de revenir dans une perspective thomiste. Au début de son Épilogue, il écrit : « Tout à l’excitation que lui procure la démonstration de ses pouvoirs scientifiques et techniques, l’homme moderne a construit un système de production qui viole la nature et un type de société qui mutile l’homme. Si seulement il y avait de plus en plus de richesse, tout le reste, pense-t-on, rentrerait dans l’ordre. (…) Telle est la philosophie du matérialisme, et c’est cette philosophie – ou cette métaphysique – qui est maintenant remise en question par les événements. Il n’y a jamais eu d’époque, dans quelque société et quelque partie du monde que ce soit, qui n’ait eu ses professeurs et ses sages pour mettre en question le matérialisme et plaider en faveur d’un ordre des priorités différentes. Les langages ont différé, les symboles ont varié, mais le message est toujours le même : « cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses (les choses matérielles dont vous avez aussi besoin) vous seront données par surcroît ».
Conclusion d’un économiste au terme d’une étude qui(...) préconise finalement une technologie contrôlée, dite intermédiaire, ainsi que la subsidiarité et la décentralisation.